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LA JUSTESSE EST UNE COMPÉTENCE NEUROLOGIQUE : Tu peux chanter juste, même si tu penses ne pas avoir l'oreille

  • Photo du rédacteur: Eugénie Ouerghi
    Eugénie Ouerghi
  • 6 juil.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 juil.

La plupart des personnes qui pensent « ne pas avoir l'oreille » entendent pourtant très bien les fausses notes chez les autres. Alors pourquoi leur propre voix leur échappe-t-elle ? La réponse est surprenante : la justesse n'est pas seulement une question d'audition. C'est avant tout une compétence neurologique.


Chanter juste ; Chanter faux

Les personnes qui chantent faux ne sont pas forcément celles qui entendent mal.


Beaucoup d'entre elles reconnaissent même immédiatement lorsqu'une note est fausse. Elles entendent qu'un chanteur manque de justesse, qu'une mélodie sonne étrange ou qu'un instrument est désaccordé.


Alors pourquoi leur propre voix ne reproduit-elle pas toujours ce que leurs oreilles perçoivent si bien ?


Pendant longtemps, la réponse semblait évidente : certaines personnes auraient « l'oreille musicale », d'autres non. Les neurosciences racontent aujourd'hui une histoire bien différente. La justesse ne dépend pas uniquement de l'oreille. Elle dépend surtout de la manière dont le cerveau interprète les informations auditives, prépare les mouvements de la voix et les ajuste en permanence. Autrement dit, la justesse est avant tout une compétence neurologique. Et c'est une excellente nouvelle. Car, contrairement à une idée reçue, une compétence neurologique peut s'entraîner, évoluer et se renforcer tout au long de la vie.


Mais avant de comprendre le rôle du cerveau, il faut d'abord revenir sur une idée reçue qui a la vie dure : celle de « l'oreille musicale ».



Avoir l'oreille ne signifie pas savoir chanter juste


Dans le langage courant, on entend souvent dire qu'une personne « a l'oreille » ou qu'elle « ne l'a pas ». Cette expression laisse penser qu'il existerait deux catégories de personnes : celles qui seraient naturellement capables de chanter juste et celles qui en seraient incapables. La réalité est bien plus nuancée.


Entendre une note et reproduire cette même note sont deux compétences différentes.

Pour comprendre cette différence, imaginons un passionné de football. Il connaît parfaitement les règles du jeu. Il reconnaît immédiatement une mauvaise passe, un hors-jeu ou une erreur tactique. Il connaît les qualités et les faiblesses des meilleurs joueurs du monde et pourrait commenter un match pendant des heures.

Pourtant, cela ne fait pas automatiquement de lui un excellent footballeur. Pourquoi ?

Parce qu'observer un geste et être capable de l'exécuter sont deux choses totalement différentes. Son cerveau a appris à analyser le football, mais son corps n'a peut-être jamais appris à réaliser les gestes techniques nécessaires sur un terrain.


Le chant fonctionne exactement de la même manière.

Il est tout à fait possible d'entendre qu'une note est fausse... sans savoir comment guider sa propre voix vers la bonne note. La difficulté ne vient donc pas forcément de l'audition.

Elle vient souvent de la façon dont le cerveau contrôle les mouvements nécessaires pour produire la note souhaitée.



L'oreille absolue : un don mystérieux… ou une réalité scientifique ?


Dans le monde de la musique, peu de sujets suscitent autant de fascination que l'oreille absolue.


Peut-être avez-vous déjà entendu quelqu'un dire : « Elle a l'oreille absolue. »

Ou encore : « Il entend n'importe quel son et sait immédiatement de quelle note il s'agit. »


Cela ressemble presque à un superpouvoir.


Mais est-ce réellement possible ? La réponse est oui.


L'oreille absolue existe bel et bien. Elle est reconnue et étudiée depuis de nombreuses années par les chercheurs en psychologie de la musique et en neurosciences.

Une personne possédant l'oreille absolue est capable d'identifier la hauteur d'une note sans avoir besoin d'une note de référence.

Par exemple, si quelqu'un joue une touche de piano au hasard, elle peut répondre immédiatement : « C'est un Sol♯. » Sans avoir entendu aucune autre note auparavant.


La plupart des musiciens, en revanche, utilisent ce que l'on appelle l'oreille relative.

Ils reconnaissent les notes par comparaison. Ils identifient les intervalles, les accords, les relations entre les sons. Cette compétence est d'ailleurs celle qui est la plus utilisée dans la pratique musicale quotidienne.


Les personnes ayant l'oreille absolue n'entendent pas mieux que les autres.

Leurs oreilles fonctionnent comme celles de tout le monde.

La différence se situe dans le cerveau.


À partir des informations envoyées par le système auditif, le cerveau associe presque instantanément une fréquence précise à une étiquette, comme « Do », « Sol » ou « Mi♭ ».

C'est un peu comme lorsque le cerveau reconnaît immédiatement une couleur. Il n'a pas besoin de comparer le rouge à une autre couleur pour savoir qu'il s'agit de rouge.


Certaines personnes ayant l'oreille absolue racontent même qu'elles identifient spontanément les sons de la vie quotidienne : une sonnette, un klaxon, le bip d'un micro-ondes ou encore le bruit d'un moteur.


Pour certaines, cette capacité est amusante. Pour d'autres, elle peut devenir fatigante, car le cerveau attribue automatiquement une note à presque tout ce qu'il entend.


Faut-il pour autant posséder l'oreille absolue pour chanter juste ?

Absolument pas. Et c'est probablement l'idée la plus importante à retenir.

Une personne peut reconnaître instantanément toutes les notes du piano et pourtant avoir des difficultés à reproduire une note parfaitement juste avec sa voix.


À l'inverse, de nombreux chanteurs exceptionnels ne possèdent pas l'oreille absolue.

Pourquoi ? Parce que reconnaître une note et la produire sont deux compétences neurologiques différentes.


L'oreille absolue permet d'identifier une hauteur.


La justesse dépend de la capacité du cerveau à guider la voix avec précision.


Autrement dit, l'oreille absolue est fascinante…

Mais ce n'est pas elle qui fait les grands chanteurs.



Le cerveau : le véritable chef d'orchestre de la justesse


Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'oreille ne décide pas si une note sera juste ou non. Son rôle est de capter les sons et de transmettre les informations au cerveau.

C'est ensuite le cerveau qui réalise un travail d'une extraordinaire complexité.

À chaque note chantée, il doit répondre à une question très précise :


Quels muscles faut-il activer, avec quelle intensité et dans quel ordre, pour produire exactement cette hauteur de note ?


Pour y parvenir, le cerveau ne se contente pas d'écouter.

Il anticipe, planifie, compare puis corrige.


Tout cela se déroule en une fraction de seconde, sans que nous en ayons conscience.



La boucle neurologique de la justesse


Schéma expliquant la boucle neurologique de la justesse

Chaque note chantée repose sur une boucle d'apprentissage permanente.


① Le son est capté par l'oreille

L'oreille capte les vibrations sonores et les transforme en signaux nerveux.

② Le cerveau reçoit les informations de ce son

C'est ici que le cerveau prend connaissance de la note qui a été entendue.

③ Le cerveau prépare la commande vocale

Il détermine comment il va devoir piloter la voix pour produire cette note.

④ Le cerveau envoie les commandes aux muscles de la voix

Vers le larynx, la respiration, la langue, la mâchoire, etc.

⑤ La voix produit la note

Le son est émis.

⑥ L'oreille entend la note produite

Cette nouvelle information repart immédiatement vers le cerveau.

⑦ Le cerveau compare

Il compare la note qu'il voulait produire, avec la note qu'il a réellement produite.

⑧ Le cerveau corrige

S'il détecte une différence, il ajuste immédiatement les commandes envoyées aux muscles.


↺ Puis la boucle recommence, encore et encore, des centaines de fois par seconde.


Cette succession extrêmement rapide d'ajustements explique pourquoi on peut toujours s'améliorer.



Pourquoi certaines personnes chantent-elles faux ?


Lorsqu'une personne chante faux, cela ne signifie pas forcément qu'elle entend mal.

Très souvent, son cerveau perçoit correctement la note mais ne sait pas encore envoyer les commandes motrices les plus adaptées pour la reproduire avec précision.


Autrement dit, le problème ne se situe pas nécessairement dans l'oreille.

Il se situe dans la coordination entre ce que le cerveau entend et ce qu'il demande aux muscles de réaliser.


C'est exactement comme un conducteur débutant qui sait où il veut aller, mais qui manque encore de précision dans ses gestes. Avec la pratique, les mouvements deviennent plus fluides, plus précis et plus automatiques.


Le cerveau apprend, donc la voix s'améliore.



Pourquoi dire « Monte un peu » ne suffit pas


En cours de chant, il arrive souvent d'entendre des indications comme « Monte un peu plus » ou « Tu es trop bas. »


Ces remarques décrivent le résultat attendu, mais elles n'expliquent pas au cerveau comment y parvenir. Or le cerveau n'apprend pas grâce à des consignes vagues.

Il apprend grâce à des expériences répétées, à un retour d'information précis et à des exercices qui lui permettent d'affiner progressivement ses commandes motrices.


Plus les expériences sont adaptées, plus les circuits neuronaux deviennent efficaces.



La neuroplasticité : la meilleure nouvelle pour les chanteurs


Pendant longtemps, on a cru que l'on naissait avec ou sans oreille musicale.


Les neurosciences montrent aujourd'hui une réalité bien plus encourageante.

Le cerveau possède une remarquable capacité d'adaptation appelée neuroplasticité.


Cela signifie qu'il est capable de modifier ses connexions, d'affiner ses stratégies et d'améliorer progressivement ses performances tout au long de la vie.


Chaque exercice pertinent aide le cerveau à mieux prédire les mouvements nécessaires.

Chaque correction améliore la précision des commandes envoyées aux muscles.


Petit à petit, produire une note juste demande moins d'effort conscient.


La justesse devient plus stable, plus précise et plus naturelle.



En conclusion


La justesse n'est pas un don mystérieux réservé à quelques privilégiés.

Elle ne dépend pas uniquement de la qualité de l'audition.

Elle résulte d'un dialogue permanent entre l'oreille, le cerveau et les muscles de la voix.


Plus ce dialogue devient précis, plus la justesse s'améliore.

C'est pourquoi chanter juste n'est pas seulement une question de talent.

C'est une compétence neurologique.


Et comme toute compétence neurologique, elle peut être développée grâce à un entraînement adapté, des expériences de qualité et la formidable capacité du cerveau à apprendre tout au long de la vie.

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