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CASTINGS : Comment influencent-ils notre cerveau et notre chant ?

  • Photo du rédacteur: Eugénie Ouerghi
    Eugénie Ouerghi
  • 8 juil.
  • 13 min de lecture
Casting - Nouvelle Star - Eugénie Ouerghi

Table des matières


  1. LA DOPAMINE – Pourquoi un premier « oui » peut tout changer

  2. L'AMYGDALE ET L'HIPPOCAMPE – Pourquoi le stress brouille la mémoire

  3. LA MÉMOIRE ÉMOTIONNELLE – Pourquoi certaines phrases changent une vie

  4. LES MÉTAPHORES – Pourquoi le cerveau adore les images

  5. LE CIRCUIT DE LA RÉCOMPENSE – Pourquoi le cerveau en redemande

  6. LES MODÈLES INTERNES – Pourquoi les validations d'hier protègent des refus de demain

  7. LE REJET SOCIAL – Pourquoi un refus peut être tellement dévastateur

  8. LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE – Pourquoi nos ailes ne cessent jamais de se déployer



Pourquoi certaines personnes ressortent-elles d'un casting avec une confiance décuplée, tandis que d'autres n'osent plus jamais remonter sur une scène ?


Pourquoi un simple « oui » peut-il nous donner des ailes, alors qu'un seul « non » suffit parfois à nous faire douter de tout ?


Si les castings provoquent des réactions aussi fortes, c'est parce qu'ils ne testent pas seulement notre voix. Ils mettent aussi à l'épreuve les principaux mécanismes qui permettent à notre cerveau d'apprendre, de mémoriser, de gérer le stress et de construire la confiance en soi.



  1. LA DOPAMINE – Pourquoi un premier « oui » peut tout changer


Quelque temps après The Voice, je discutais avec Amélie de tout ce que cette aventure nous avait fait vivre.


Très naturellement, elle m'a dit une phrase que je n'ai jamais oubliée :


On y rentre la tête pleine de rêves… et on en ressort dans une chaise roulante.


Casting - The Voice - Eugénie Ouerghi et Amélie Piovoso

Cette phrase m'a profondément marquée.


Là où j'étais encore sous le choc de cette expérience, Amélie semblait déjà avoir commencé à en faire l'analyse.


Plus les années passaient, plus cette phrase prenait du sens.

Aujourd'hui, grâce aux neurosciences, je crois enfin comprendre pourquoi.


Lorsqu'on participe à un casting, on pense souvent que l'on vient simplement présenter sa voix. En réalité, le cerveau vit une expérience bien plus complexe. En quelques minutes, il reçoit une quantité impressionnante d'informations : le regard des jurés, leurs sourires, leurs hésitations, leurs critiques, leurs compliments, mais aussi les réactions du public, l'ambiance, notre propre stress et, finalement, le verdict. Toutes ces informations vont progressivement modifier la manière dont il percevra les castings suivants.


Mon tout premier grand casting fut celui de Nouvelle Star.

J'avais vingt ans. J'étais terrorisée. Mes jambes tremblaient tellement que je me demandais comment j'allais réussir à rester debout.


Avant de rencontrer les quatre jurés, chaque candidat passait devant un pré-casteur chargé de sélectionner ceux qui auraient la chance d'accéder à l'étape suivante.

Je me souviens encore de son sourire. Il m'a accueillie avec une telle bienveillance que, pendant quelques minutes, mon stress s'est légèrement apaisé.

Puis il m'a annoncé que j'étais sélectionnée.


Sur le moment, je n'avais pas conscience de ce qui se passait dans mon cerveau.

Aujourd'hui, je sais qu'un simple « oui » peut avoir un impact considérable.

Lorsqu'une personne que nous considérons comme compétente reconnaît notre travail, le cerveau libère notamment de la dopamine. Ce neurotransmetteur joue un rôle essentiel dans la motivation et dans le renforcement des circuits neuronaux associés à cette expérience. Autrement dit, le cerveau comprend qu'il vient de faire quelque chose qui fonctionne.


Le premier « oui » ne change pas seulement une trajectoire de vie. Il change aussi ce que le cerveau croit désormais possible.



  1. L'AMYGDALE ET L'HIPPOCAMPE – Pourquoi le stress brouille la mémoire


Quelques jours après ce premier « oui », je me retrouvais devant André Manoukian, Dov Attia, Manu Katché et Marianne James.


Curieusement, je garde très peu de souvenirs de ce moment. Pendant longtemps, cela m'a paru incompréhensible. Je me souvenais seulement de quelques bribes. Comme si mon âme avait quitté la pièce pendant qu'ils me parlaient.


Aujourd'hui, je sais que ce phénomène est relativement fréquent lors d'un stress intense.

Lorsque notre cerveau perçoit une situation comme particulièrement importante ou menaçante, l'amygdale s'active fortement. Elle prépare l'organisme à réagir rapidement.

Pendant ce temps, l'hippocampe, qui participe notamment à la formation des souvenirs, encode moins efficacement ce qui est en train de se passer. Le résultat est parfois étonnant. Nous avons bien vécu l'événement... Mais notre souvenir ressemble à un film auquel il manquerait plusieurs scènes.


Cette réaction montre que le cerveau a consacré une grande partie de ses ressources à gérer le stress de l'instant présent. Il ne dysfonctionne pas. Il établit simplement des priorités. Lorsque toute son attention est mobilisée par le stress, mémoriser chaque détail devient secondaire. Comprendre cela est rassurant. Beaucoup de chanteurs pensent avoir « perdu leurs moyens » pendant une audition. En réalité, leur cerveau faisait exactement ce qu'il est programmé pour faire face à une situation perçue comme décisive. Et c'est précisément ce qui rend les castings si particuliers : ils n'évaluent pas seulement notre voix. Ils mettent aussi notre cerveau face à une situation de très forte pression.



  1. LA MÉMOIRE ÉMOTIONNELLE – Pourquoi certaines phrases changent une vie


Lorsque je suis sortie de cette audition, je me souvenais étonnamment peu de ce qui s'était passé. Une grande partie des échanges avec les jurés semblait s'être effacée.

Pourtant, une phrase, elle, est restée gravée dans ma mémoire.


Marianne James m'a dit qu'elle n'avait jamais entendu une voix comme la mienne.


À cette époque, je me posais une question fondamentale :

Est-ce que j'ai vraiment une voix ?


Cette remarque répondait exactement à ce besoin.


En neurosciences, on parle de saillance émotionnelle. Notre cerveau n'accorde pas la même importance à toutes les informations qu'il reçoit. Il sélectionne naturellement celles qui ont le plus de sens pour nous, celles qui répondent à une préoccupation profonde ou qui sont associées à une émotion particulièrement forte.


Ce jour-là, cette phrase est devenue bien plus qu'un simple compliment. Elle est devenue une nouvelle croyance. Pendant des années, j'avais douté de ma voix. En quelques secondes, une professionnelle venait me dire qu'elle y entendait quelque chose d'unique.

Je ne suis pas sortie de cette audition en ayant soudainement confiance en moi.

En revanche, je suis sortie avec une certitude nouvelle :

Ma voix méritait que je continue à croire en elle.


Une seule phrase ne change pas une vie. Mais elle peut parfois changer ce que notre cerveau croit possible.



  1. LES MÉTAPHORES – Pourquoi le cerveau adore les images


Il est pourtant étonnant de constater que je me souviens aussi parfaitement d'une autre remarque de Marianne James.


Elle avait comparé ma voix à « une usine au milieu d'un champ de blé ».


Cette image ne répondait pourtant pas à un besoin profond, contrairement à son compliment sur ma voix. Elle critiquait mon manque d'émotion pendant que je chantais.

Alors pourquoi est-elle, elle aussi, restée gravée dans ma mémoire ?


Parce que notre cerveau ne retient pas seulement les informations chargées d'émotion.

Il retient également très bien les images mentales. Lorsqu'une personne utilise une métaphore, notre cerveau ne traite plus seulement des mots. Il construit immédiatement une scène dans notre imagination.


En une fraction de seconde, j'ai visualisé cette usine. Puis ce champ de blé. Puis le contraste entre les deux. Et cette image est restée.


Deux ans plus tard, je me suis retrouvée une nouvelle fois devant André Manoukian.

Cette fois encore, j'ai eu droit à une image. Il m'a dit que je lui faisais penser à un balcon avec des géraniums.


Là encore, je me souviens parfaitement de cette scène. Pas seulement de ses mots. Mais de l'image qu'ils ont immédiatement créée dans mon esprit.


Ce n'est d'ailleurs pas la seule métaphore d'André Manoukian qui m'a marquée.


En regardant un jour Nouvelle Star à la télévision, je l'ai entendu dire d'une candidate qu'elle « sentait trop le savon et pas assez la foufoune ». Cette formule m'a fait sourire.

Mais surtout, je ne l'ai jamais oubliée. Elle résumait en quelques mots une idée extrêmement difficile à expliquer : une interprétation peut être techniquement très propre, mais manquer de personnalité, de spontanéité ou d'aspérités.


Aujourd'hui encore, il m'arrive de reprendre cette image avec certains de mes élèves.

Parce qu'elle fonctionne. Ce n'est probablement pas un hasard. Les neurosciences montrent que les informations associées à une image sont généralement mieux mémorisées que les explications purement abstraites. Une métaphore oblige le cerveau à construire une représentation mentale, ce qui facilite l'encodage et la récupération du souvenir. Je crois que c'est l'une des raisons pour lesquelles les meilleurs pédagogues utilisent autant d'images.


Une métaphore bien choisie ne rend pas seulement une idée plus jolie.

Elle la rend beaucoup plus difficile à oublier.



  1. LE CIRCUIT DE LA RÉCOMPENSE – Pourquoi le cerveau en redemande


Après mon premier « oui », quelque chose avait changé. J'avais envie de recommencer.

Encore. Et encore.


J'ai participé à de nombreux castings. J'ai connu des sélections. J'ai connu des refus.

Pourtant, je ne me suis jamais dit : « C'est terminé. » Au contraire. À chaque nouvel appel à candidatures, une petite voix me disait : « Et si cette fois était la bonne ? »


Pendant longtemps, je me suis demandé pourquoi tant de chanteurs continuaient à passer des castings malgré les refus. Aujourd'hui, je pense que les neurosciences apportent une partie de la réponse. Contrairement à une idée reçue, la dopamine n'est pas seulement libérée lorsque nous obtenons une récompense. Elle intervient aussi dans son anticipation.

Lorsqu'une expérience nous a procuré une forte émotion positive, notre cerveau apprend progressivement à l'attendre de nouveau. Il nous pousse alors à recommencer. Non pas parce qu'il sait que nous réussirons. Mais parce qu'il sait que cela pourrait arriver.

C'est ce mécanisme qui nourrit la motivation, la persévérance et l'envie de retenter sa chance.


Je crois que c'est aussi ce qui m'a poussée à revenir. Je ne cherchais pas seulement à être sélectionnée. Je cherchais à retrouver cette sensation si particulière que procure un « oui » sincère, celui qui vous donne l'impression que quelqu'un croit enfin en vous.


Avec les années, les castings sont presque devenus un rendez-vous. J'y retrouvais parfois les mêmes candidats. Nous nous étions liés d'amitié. Nous partagions la même passion, les mêmes rêves, les mêmes doutes. Nous nous retrouvions dans différentes villes, parfois simplement pour tenter une nouvelle fois notre chance.


Un jour, avec mon amie Pauline, nous nous sommes toutes les deux fait éliminer dès le pré-casting. Quelques années plus tôt, un tel refus nous aurait probablement fait douter de notre niveau. Cette fois, il s'est passé quelque chose de très différent. Nous avons quitté la salle en nous disant que la pré-casteuse s'était trompée. Puis nous avons immédiatement cherché dans quelles autres villes le casting aurait encore lieu.

Nous y sommes retournées.


Cette année-là, aucune de nous deux n'a finalement été retenue. Mais étrangement, notre confiance n'en a presque pas souffert. Avec le recul, je comprends mieux pourquoi. Notre cerveau avait déjà accumulé suffisamment d'expériences positives pour savoir qu'un refus ne remettait pas nécessairement tout en question.


Nous ne cherchions plus à savoir si nous avions le droit de rêver. Nous le savions déjà. Nous cherchions simplement le prochain jury qui partagerait cet avis. Je crois que c'est une différence fondamentale.


Au début d'un parcours, un seul « non » peut parfois suffire à faire vaciller toutes nos certitudes. Mais lorsque le cerveau a accumulé de nombreuses expériences positives, il interprète différemment les échecs. Il ne les vit plus forcément comme une remise en question de ses capacités. Il les considère davantage comme un obstacle ponctuel.


C'est l'une des raisons pour lesquelles certains chanteurs persévèrent pendant des années, alors que d'autres abandonnent après un seul refus. Ce n'est pas seulement une question de talent. C'est aussi une question de ce que leur cerveau a appris à croire.



  1. LES MODÈLES INTERNES – Pourquoi les validations d'hier protègent des refus de demain


Au début de notre parcours, chaque casting semble avoir le pouvoir de décider de notre avenir. Un « oui » nous donne des ailes. Un « non » peut nous faire douter de tout.

Pourquoi ? Parce que notre cerveau est encore en train de construire ce que les neurosciences appellent des modèles internes.


Un modèle interne est une représentation que le cerveau construit progressivement à partir de nos expériences. Il lui permet d'anticiper le monde, de prendre des décisions et d'évaluer ce qu'il croit être vrai.


Lorsque nous commençons à chanter devant d'autres personnes, notre cerveau possède encore très peu d'informations. Chaque réussite, chaque échec, chaque compliment et chaque critique prennent alors une importance immense. Ils servent de matériaux pour construire cette première représentation de nous-mêmes.


Si les premières expériences sont encourageantes, le cerveau commence à construire un modèle interne plus confiant. Mais si elles sont uniquement négatives, il peut au contraire développer des croyances beaucoup plus limitantes.


Casting - Nouvelle Star - Eugénie Ouerghi

Une année, avec mon amie Pauline, qui avait souvent été sélectionnée comme moi, nous avons toutes les deux été éliminées dès le pré-casting, ce qui n'arrivait presque jamais.


Quelques années auparavant, un tel refus nous aurait probablement fait remettre tout notre niveau en question. Mais cette fois, notre réaction fut totalement différente. Nous avons quitté la salle persuadées que la pré-casteuse s'était trompée.


Nous avons immédiatement cherché dans quelles autres villes les sélections continuaient afin de retenter notre chance.


Cette année-là, nous avons recommencé une seconde fois. Aucune de nous deux n'a été retenue. Et pourtant… Notre confiance n'a presque pas été ébranlée.


Avec le recul, je comprends pourquoi. Notre cerveau avait déjà construit un modèle interne beaucoup plus solide. Nous ne nous demandions plus : « Suis-je capable de chanter ? » Cette question avait déjà trouvé sa réponse au fil des années.


Nous nous demandions simplement : « Qui sera le prochain à reconnaître ce que nous savons déjà faire ? » Ce changement est profond. Le refus n'avait pas disparu.

Il faisait toujours un peu mal. Mais il ne remettait plus en cause notre identité.

Il ne faisait plus s'effondrer tout l'édifice que notre cerveau avait construit.


C'est probablement l'une des plus grandes différences entre un chanteur débutant et un chanteur expérimenté. L'un construit encore ses fondations. L'autre s'appuie déjà sur elles. Et c'est précisément pour cette raison que deux personnes peuvent vivre exactement le même refus… sans que leur cerveau ne lui donne le même sens.


Quant à la confiance, elle ne change pas seulement notre état d'esprit. Elle change aussi notre façon d'apprendre à chanter puisqu'elle ne change pas seulement notre manière d'aborder les castings. Elle influence aussi notre progression vocale. Plus notre cerveau développe de confiance en notre voix, plus il ose explorer, expérimenter et apprendre. À l'inverse, lorsqu'il associe le chant à la peur ou au jugement, il cherche souvent à se protéger en limitant notre prise de risque. Or, un cerveau qui n'ose plus explorer apprend aussi moins efficacement.



  1. LE REJET SOCIAL – Pourquoi un refus peut être tellement dévastateur


Nous avons souvent tendance à croire que les castings évaluent uniquement notre voix. En réalité, ils sollicitent aussi un besoin profondément ancré dans notre cerveau : le besoin d'être accepté par les autres. Pendant des centaines de milliers d'années, appartenir à un groupe était une question de survie. Être rejeté signifiait parfois être privé de protection, de nourriture ou de soutien.


Notre cerveau a donc évolué en accordant une importance immense au regard des autres.

C'est l'une des raisons pour lesquelles un simple refus peut parfois provoquer une douleur bien plus profonde que ce que l'on imagine.


Le cerveau ne traite pas toujours le rejet comme une simple opinion. Il peut le vivre comme une menace. Et plus nous avons investi de temps, d'énergie et d'espoir dans un projet, plus cette sensation peut être intense.


J'ai été témoin d'une scène qui m'a beaucoup marquée. Lors d'un casting de Nouvelle Star, nous étions nombreux à attendre notre tour. Un jeune homme discutait avec tout le monde. Il était souriant, enthousiaste, simplement heureux d'être là. À un moment, les cameramen sont venus l'interviewer. Ils lui ont demandé pourquoi il participait à l'émission.

Sa première réponse était humble. Il expliquait simplement qu'il aimait chanter et qu'il avait envie de vivre cette aventure. Mais cette réponse ne semblait pas leur convenir. Ils lui ont demandé de recommencer. Puis encore. À chaque nouvelle prise, ils l'encourageaient à être plus affirmatif. À dire qu'il allait gagner. À montrer davantage de confiance en lui.

Peu à peu, son discours a changé. Il a fini par tenir des propos qui donnaient l'impression qu'il se croyait exceptionnel. Pourtant, ce n'était pas l'image qu'il donnait de lui quelques minutes plus tôt.


Lors de la diffusion télévisée, il s'est retrouvé dans les célèbres « casseroles ». Je me suis souvent demandé ce qu'il avait ressenti en se voyant à la télé. Peut-être s'est-il senti trahi...

A-t-il eu envie de continuer à chanter… ou de tout arrêter ?


Les neurosciences nous rappellent une chose essentielle : le cerveau est extrêmement sensible au rejet social. Une humiliation publique, une moquerie ou un refus peuvent laisser une empreinte durable, surtout lorsqu'ils surviennent à un moment où notre confiance est encore fragile.


C'est aussi pour cette raison que les mots d'un professeur, d'un jury, d'un parent, d'un inconnu... peuvent parfois avoir des conséquences bien plus importantes qu'on ne l'imagine.


Un commentaire peut décourager. Un autre peut donner des ailes. Aucun de nous ne mesure toujours le poids de ses paroles dans le cerveau de celui qui les reçoit. C'est pourquoi je crois qu'un jury ne devrait jamais oublier qu'il évalue une prestation… Jamais une personne.


  1. LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE – Pourquoi nos ailes ne cessent jamais de se déployer


S'il y a une idée que j'aimerais que chaque chanteur retienne de cet article, c'est celle-ci :


Le cerveau change toute notre vie.


Pendant longtemps, les scientifiques ont cru qu'une fois devenu adulte, notre cerveau cessait pratiquement d'évoluer. Nous savons aujourd'hui que c'est faux. Notre cerveau possède une capacité extraordinaire : la plasticité cérébrale.


Autrement dit, il est capable de modifier ses connexions neuronales en permanence. Chaque nouvelle expérience, chaque apprentissage, chaque rencontre, chaque réussite et même chaque échec peut progressivement remodeler les réseaux de neurones qui constituent notre façon de penser, de ressentir et d'agir.


Aucun casting, aussi merveilleux ou douloureux soit-il, ne peut donc définir définitivement notre avenir. Un refus peut laisser une trace. Une humiliation peut fragiliser notre confiance. Une critique peut parfois résonner pendant des années. Mais aucune de ces expériences n'est irréversible.


À chaque fois que nous remontons sur scène, que nous travaillons notre voix, que nous recevons un encouragement sincère ou que nous vivons une nouvelle réussite, notre cerveau continue de se transformer. Il crée de nouvelles connexions, renforce certains circuits et en affaiblit d'autres.


C'est ainsi que les blessures peuvent progressivement perdre de leur pouvoir. Je crois d'ailleurs que c'est ce qui s'est passé dans ma propre histoire. Si je m'étais arrêtée après mes premiers refus, je n'aurais probablement jamais découvert tout ce que le chant allait m'apporter. Mais j'ai continué. J'ai accumulé de nouvelles expériences. Certaines ont été décevantes. D'autres ont été extraordinaires. Et, sans que je m'en rende compte, mon cerveau continuait à apprendre.


Avec les années, je ne suis pas seulement devenue une meilleure chanteuse. Je suis devenue une personne qui comprenait mieux sa propre voix et son propre cerveau.


Aujourd'hui, lorsque j'accompagne un élève, je ne vois jamais un chanteur « sans talent » ou « pas fait pour ça ». Je vois un cerveau qui apprend. Un cerveau qui construit encore ses connexions. Un cerveau qui peut encore évoluer. Et cela change tout. Car si le cerveau est capable de se transformer, alors l'histoire d'un chanteur n'est jamais écrite d'avance.


Un jury peut ouvrir une porte. Il peut aussi en fermer une. Mais il ne peut jamais décider, à lui seul, de ce que votre cerveau sera capable d'apprendre demain.


C'est peut-être cela, au fond, la plus belle leçon que les neurosciences m'ont apprise.

Un verdict dure un instant. Le cerveau, lui, continue d'évoluer toute une vie.

Et tant que notre cerveau continue d'apprendre, il reste toujours une nouvelle page à écrire.


Je crois que nous passons souvent notre vie à chercher quelqu'un qui nous dira enfin :


« Oui, tu peux voler. »


Pour certains, cette personne est un parent. Pour d'autres, un professeur. Parfois, un ami. Parfois, un inconnu. Et parfois... Elle n'arrive jamais.


Alors il faut apprendre à devenir cette personne pour soi-même. À croire en ses propres ailes avant même qu'elles soient assez solides pour porter notre poids.


C'est peut-être cela, finalement, que la plasticité cérébrale nous enseigne :


Nos ailes ne nous sont pas données. Elles se construisent. Connexion après connexion. Expérience après expérience. Erreur après erreur. Et un jour, presque sans nous en rendre compte, nous regardons derrière nous. Nous réalisons que nous avons déjà parcouru un chemin immense. Nous comprenons que ce n'était pas un jury qui nous avait appris à voler. Ni un casting. Ni même un compliment. C'était notre cerveau. Il apprenait. Silencieusement. Depuis le premier jour. Et peut-être est-ce cela, le plus beau.


Le véritable talent n'est peut-être pas celui de chanter...

C'est d'avoir un cerveau qui ne cesse jamais de construire ses ailes.


Car rien ne s'arrête après un « oui » ou un « non ».

Nos ailes continuent toujours de se déployer, au rythme des connexions neuronales que notre cerveau crée, renforce et réorganise chaque jour.


Casting - Nouvelle Star - Eugénie Ouerghi et Melissa

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