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Quatre jours après ma césarienne, il m’a abandonnée pendant cinq jours, sans raison

Quatre jours après la naissance de mon troisième enfant,

mon mari est parti chez sa mère,

dans une autre ville,

non pour le travail,

non pour une urgence,

mais pour regarder Netflix.


Pas quelques heures.

Pas une nuit.

Cinq jours !


Je ne venais pas simplement d’accoucher.

Je venais de subir une troisième césarienne ;

une opération chirurgicale lourde, invasive, profonde.


Mon ventre était ouvert.

J’avais des agrafes.

Un drain chirurgical, relié à un système d’aspiration,

sortait encore de mon ventre.

Je prenais des antidouleurs puissants pour pouvoir me lever.


Chaque mouvement faisait mal.

La fatigue était immense.


Et malgré cela, j’étais seule.


Seule dans un corps incisé, affaibli, vulnérable, meurtri.

Seule avec un nouveau-né de quatre jours.

Seule avec trois enfants.


À devoir assurer les repas,

les soins,

les couchers,

les besoins quotidiens.

Sans force physique,

ni capacité psychique pour le faire.


Les médecins recommandent,

après une césarienne,

un repos strict

pendant plusieurs semaines :


ne pas se pencher,

ne pas porter de charges,

ne pas soulever autre chose que son propre bébé.

Le corps est en cicatrisation profonde.

Chaque effort comporte un risque.


Et c’est pourtant dans cet état précis

- physique, psychique, maternel -

qu’il est parti.



Ce qu’il faut être pour faire ça


Il n’existe pas de mot neutre pour désigner un homme capable de cela.


Il faut une absence radicale d’empathie.

Il faut une déconnexion totale de la conscience morale.

Il faut être incapable de se représenter la douleur de l’autre.


Il faut pouvoir regarder une femme :


  • ventre ouvert,

  • corps opéré,

  • sous médicaments,

  • tenant un bébé à peine né,


et décider que sa présence n’est pas nécessaire.


Ce n’est pas un conflit de couple.

Ce n’est pas une crise passagère.

Ce n’est pas une maladresse.


C’est une déshumanisation.



La maternité n’est pas un moment neutre


C’est un moment sacré


Une femme qui vient de donner la vie

est dans un état de vulnérabilité absolue.

Physique.

Psychique.

Symbolique.


Dans toutes les sociétés humaines,

ce corps est protégé, entouré, respecté, honoré.

Parce que ce corps a porté et donné la vie.


Et lui, qu’a-t-il fait ?


Il a marché dessus.

Il a craché dessus.

Il a anéanti ce sanctuaire.

Il a transformé un instant sacré en abandon.


Ce n’est pas seulement une violence conjugale.

C’est une profanation.



Le bébé aussi est abandonné


On l’oublie trop souvent.


Quand un homme abandonne une femme

qui vient d’accoucher,

il abandonne aussi le bébé.


Un nourrisson de quatre jours ne peut rien sans sa mère.

Et une mère dans cet état ne peut pas tout.


J’aurais pu m’effondrer.

J’aurais pu faire une complication médicale.

J’aurais pu ne pas tenir.


Et le bébé, alors ?


Cette question, lui, ne se l’est jamais posée.



Les lettres d’amour : ce que j’ai fait… et ce que je comprends aujourd’hui


À cette époque, je ne l’ai pas insulté.

Je ne l’ai pas menacé.

Je ne l’ai pas rejeté.


Je lui ai écrit des lettres d’amour sur son email.


Je lui disais que je l’aimais.

Je le suppliais de rentrer.

Je voulais que notre famille existe.


Et aujourd’hui, ce passage me choque profondément.


Pas parce que j’aurais été “faible”.

Mais parce que je réalise dans quel état psychique j’étais.


Ce qui me trouble le plus, c’est ceci :

je ne me souvenais même plus d’avoir écrit ces mots.


Dans mon souvenir, j’étais en colère.

Dans mon souvenir, j’étais révoltée.


Et quand je suis retombée sur ces emails,

j’ai découvert autre chose :

une femme en détresse absolue,

répétant je t’aime encore et encore,

suppliant un homme de revenir,

alors même qu’il venait de lui infliger

l’une des violences les plus graves qui soient.


Ce décalage n’est pas un oubli banal.

C’est un mécanisme de survie.



La dissociation fonctionnelle : survivre quand c’est trop


Ce que je vivais à ce moment-là porte un nom :

la dissociation fonctionnelle.


Quand la réalité est trop violente pour être intégrée consciemment,

le psychisme se scinde.


Une partie de soi continue à fonctionner :

allaiter, changer les couches, s’occuper des enfants, survivre.


Une autre partie met la douleur à distance,

pour ne pas s’effondrer.


Je n’étais pas “lucide”.

Je n’étais pas “amoureuse”.

J’étais en mode survie.


Ces lettres n’étaient pas des déclarations d’amour.

Elles étaient un cri de survie.


Mon esprit faisait ce qu’il pouvait pour tenir,

parce que je devais rester debout,

parce que trois enfants dépendaient de moi,

parce que je n’avais pas le droit de m’écrouler.



Ce que je vois aujourd’hui, avec le recul


Aujourd’hui, je ne vois plus une femme “trop aimante”.

Je vois une femme en état de choc.


Je vois une mère qui a tenu.

Je vois un corps ouvert qui a continué à nourrir, protéger, aimer ses enfants.

Je vois une force que je n’avais pas su reconnaître à l’époque.


Et surtout, je vois la gravité absolue de ce qu’il m’a fait.


Il faut être profondément dysfonctionnel,

déconnecté de toute humanité,

pour abandonner un bébé,

deux enfants,

et une femme dans cet état.



Abandon après césarienne : ce qui disqualifie un homme


J’écris parce qu’il y a des actes qui disqualifient.


Abandonner une femme quatre jours après une césarienne en est un.


Et le fait que j’aie survécu,

que j’aie tenu,

que j’aie aimé malgré tout,


ne rend pas cet acte moins grave.


Il rend ma survie immense.



Aux femmes qui liront ceci


Si tu lis ces lignes et que quelque chose en toi tremble.

Si tu as aimé dans l’inacceptable.

Si tu as tenu alors que ton esprit se coupait pour survivre.


Écoute :


Ce qu’on t’a fait est grave.

Tu n’exagères pas.

Tu n’étais pas “trop sensible”.

Tu étais en train de survivre.


Nous sommes nombreuses.

Nous avons tenu dans des conditions que peu comprendraient.


Et aujourd’hui,

nous avons le droit de nommer,

de refuser,

de nous redresser,

et d'être fières de nous,

car nous avons été fortes dans l'extrême.


Nous sommes des survivantes.


Femmes debout ensemble, symbolisant la solidarité et la reconstruction.

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