QUAND L'ESTHÉTIQUE PASSE AVANT LA SANTÉ : Acné, adolescence, et le courage de dire non au Roaccutane (isotrétinoïne)
- Eugénie Ouerghi

- 10 févr.
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 févr.

Table des matières
I. Introduction
🙈 Acné, adolescence et Roaccutane
🥼 Toujours la même scène
🙅♀️ Dire non, encore et encore
🌿 La seule consultation différente
❤️🩹 Choisir la santé
II. Partie scientifique
🤯 Décalage
⚠️ Effets secondaires
😔 Effets psychologiques
🤰 Grossesse
⚖️ Rapport bénéfice / risque
🕵️♀️ Discernement
III. Élargissement sociétal
🙃 L'esthétique avant la santé
💃 L'apparence
✂️ Le bypass
🦷 Les dents
⌛️ Une société pressée
🎪 La norme
IV. Conclusion
✨ Une étape hormonale
❣️ Le respect
🏝️ L'île déserte
👀 Le regard des autres
💪 Tenir bon
❤️ Tu es parfait / parfaite
I. Introduction
🙈 Acné, adolescence et Roaccutane
Pendant toute mon adolescence, j’ai eu de l’acné.
Ça a commencé vers douze ans.
Et ce n’était pas un passage rapide.
Ça a duré des années.
Jusqu’à ma vingtaine environ.
Et même aujourd’hui, adulte, ma peau n’a jamais été parfaite.
Mais entre douze et vingt ans, l’acné était forte. Visible. Envahissante.
Elle me donnait énormément de complexes.
Elle influençait ma façon de me tenir, de parler, de me rapprocher des autres.
J’étais pourtant pleine de vie, sportive, rieuse, sociable, mais ces boutons me ramenaient sans cesse à mon apparence.
Je n’osais pas trop m’approcher des gens.
Encore moins des garçons.
Je pensais toujours la même chose :
plus je me rapproche, plus ils verront mes boutons, et plus ils me jugeront, ou seront dégoûtés.
Cette acné ne restait pas sur ma peau.
Elle s’invitait dans ma vie sociale.
C’est pour ça que, pendant toutes ces années, j’ai consulté beaucoup de dermatologues.
Et ce qui frappe, c’est à quel point les rendez-vous se ressemblaient tous.
🥼 Toujours la même scène
À chaque nouveau rendez-vous, ça se passait presque exactement de la même manière.
Pas de questions.
Pas d'auscultation.
La consultation était rapide. Expédiée.
Puis venait la phrase.
— Pour votre acné, on va vous prescrire du Roaccutane.
C’était toujours une femme en face de moi.
Et c’était toujours aussi direct.
Je répondais alors :
— Non, je ne veux pas prendre ce médicament.
Il y avait souvent un léger étonnement.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il est dangereux. Notamment pour les bébés si une femme tombe enceinte.
La réponse arrivait presque automatiquement :
— Mais vous n’avez pas l’intention de tomber enceinte ?
— Pas maintenant, disais-je. Mais plus tard, oui.
C’est là que le cadre se resserrait.
— Ah mais ne vous inquiétez pas pour ça, quand on prescrit le Roaccutane à une fille, on prescrit automatiquement la pilule. C’est obligatoire.
— Obligatoire ?
— Oui. On ne peut pas donner ce traitement sans contraception.
— Même si je n’ai pas de vie sexuelle ?
— Oui.
— Et après le traitement ? Quand je voudrai avoir des enfants ?
— Il suffira d’attendre deux ans après la fin du traitement. Après, il n’y a aucun problème.
— Deux ans, répétais-je. Pourquoi deux ans ?
— C’est le protocole.
— Et si ce n’était pas deux ans ? demandais-je. Et si ça restait 10 ans dans le corps ? Ou toute une vie ?!
La réponse changeait rarement :
— Le Roaccutane est prescrit à énormément d'adolescents, et ils vont très bien.
À chaque fois, on essayait de minimiser.
À chaque fois, on essayait de me rassurer sans vraiment répondre.
Mais moi, pendant toutes ces années, une pensée revenait sans cesse :
personne ne peut me garantir ce que ce médicament fera à mon corps.
🙅♀️ Dire non, encore et encore
Alors j’ai tenu.
À chaque nouveau dermatologue.
À chaque nouvelle tentative de me convaincre.
Je disais non de manière claire et ferme.
— Je préfère garder mes boutons.
Je me souviens très bien de cette phrase.
Je me souviens aussi du silence qu’elle provoquait.
— Je préfère vivre avec cette acné, ajoutais-je, plutôt que de prendre un médicament qui pourrait mettre en danger ma santé ou celle de mes futurs enfants.
Je ne me laissais pas impressionner.
Je ne me laissais pas influencer.
Je refusais qu’on décide à ma place sous prétexte que j’avais des boutons.
🌿 La seule consultation différente
À un moment, fatiguée de ces rendez-vous identiques, j’ai décidé d’aller voir autre chose.
Pas un dermatologue.
Un praticien en médecine naturelle.
C’était un homme.
Et la différence a été immédiate.
Le rendez-vous a duré longtemps.
Très longtemps.
Il avait un très grand livre.
Il prenait des notes.
Il me posait des questions.
Sur mon alimentation.
Sur mon transit.
Sur mes menstruations.
Sur mon sommeil.
Sur mon stress.
Sur mon état émotionnel.
Sur ma vie.
Et à chaque réponse, il cherchait dans son livre géant.
Pour la première fois,
j’avais l’impression qu’on ne regardait pas seulement ma peau,
qu'on ne cherchait pas juste à masquer les symptômes,
mais qu'on cherchait à connaître la cause,
en comprenant la personne entière.
Il n’a pas trouvé de solution miracle.
Il n’a pas fait disparaître mon acné.
Mais ce jour-là, j’ai compris autre chose :
le problème n’était pas seulement mon acné.
Le problème, c’était une approche médicale qui réduisait un être humain à une surface de peau.
❤️🩹 Choisir la santé
Pendant toute mon adolescence, j’ai vécu avec cette acné.
Et j’ai vécu avec ce choix.
Je n’ai pas laissé mes boutons m’enlever mon droit d’être intelligente.
Ni mon droit d’être ferme.
Ni mon droit de penser à long terme.
J’ai choisi ma santé.
J’ai choisi mon futur.
Et aujourd’hui encore, je sais que ce choix était juste.
II. Partie scientifique
🤯 Décalage
Avec le recul, ce qui me frappe le plus, ce n’est pas seulement la pression pour accepter le traitement.
C’est le décalage entre la gravité du médicament proposé,
et la légèreté avec laquelle on m’en parlait.
Le Roaccutane, ou isotrétinoïne,
n’est pas une crème.
Ce n’est pas un traitement local.
C’est un médicament systémique, dérivé de la vitamine A, qui agit sur l’ensemble de l’organisme.
Son efficacité sur certaines formes d’acné sévère est réelle.
Mais son action est puissante,
et ses effets dépassent largement la peau.
⚠️ Effets secondaires
Les effets secondaires physiques de l'Isotrétinoïne sont bien documentés.
Parmi les plus fréquents :
une sécheresse extrême de la peau et des muqueuses (lèvres, yeux, nez),
des douleurs articulaires et musculaires,
une fatigue importante,
des perturbations du foie et des lipides sanguins, nécessitant un suivi biologique régulier.
Ces effets sont connus, listés, surveillés.
Et pourtant, ils sont souvent présentés comme secondaires, presque anecdotiques.
Mais il existe un autre volet, plus délicat, plus dérangeant.
😔 Effets psychologiques
Depuis des années, l'isotrétinoïne est associée, chez une partie des patients, à des troubles de l’humeur :
dépression, anxiété, idées noires, parfois idées suicidaires.
Le lien exact fait encore débat dans la littérature scientifique.
Tous les patients ne sont pas concernés.
Mais le signal est suffisamment sérieux pour que :
des mises en garde existent,
une surveillance psychologique soit recommandée,
et que le sujet ne puisse pas être balayé d’un revers de main.
Quand on propose un tel médicament à des adolescents, une période de la vie déjà fragile psychologiquement, la question mérite beaucoup plus qu’un “ne vous inquiétez pas”.
🤰 Grossesse
Il y a cependant un aspect qui, lui, ne fait aucun débat médical.
L'Isotrétinoïne est hautement tératogène.
Cela signifie qu’en cas de grossesse, même très précoce, le risque de malformations graves du fœtus est élevé.
C’est un fait établi, reconnu, documenté.
C’est précisément pour cette raison que :
une contraception est imposée aux filles,
des protocoles stricts existent,
et que la grossesse est formellement contre-indiquée pendant le traitement et après son arrêt.
Autrement dit :
si ce médicament peut provoquer de tels dommages sur un embryon, c’est qu’il agit profondément sur le corps.
Et c’est là que mon malaise prenait tout son sens.
⚖️ Rapport bénéfice / risque
Ce que je ressentais intuitivement, adolescente, c’était une question simple :
Le rapport bénéfice / risque est-il vraiment proportionné ?
On me proposait un médicament lourd, aux effets systémiques,
pour traiter un problème réel, certes,
mais non vital.
Un problème douloureux psychologiquement, oui.
Mais qui ne mettait pas ma vie en danger.
Face à cela, aucune exploration sérieuse des causes possibles :
alimentation, hormones, stress, digestion, rythme de vie.
Aucune vision globale du corps.
Seulement une solution rapide.
Standardisée.
Puissante.
🕵️♀️ Discernement
Avec les années, je ne dis pas que l'isotrétinoïne ne devrait jamais être utilisée.
Je dis que sa banalisation, surtout chez les adolescents, pose question.
Car :
la peur des patients était souvent minimisée,
les inquiétudes légitimes balayées,
et la réflexion à long terme reléguée au second plan.
Pourtant, avoir des doutes face à un traitement aussi lourd n’était pas de la méfiance injustifiée.
C’était du discernement.
III. Élargissement sociétal
🙃 L'esthétique avant la santé
Ce que j’ai vécu avec l’acné et le Roaccutane n’est pas une exception.
Je le vois comme l’expression d’une logique plus large, profondément ancrée dans notre société.
Une logique simple, presque invisible tant elle est devenue normale :
quand un corps dérange,
on le modifie rapidement,
plutôt que de l’écouter.
Plutôt que de chercher à comprendre ce qui se passe,
on cherche à corriger ce qui se voit.
💃 L'apparence
L’acné dérange parce qu’elle est visible.
Parce qu’elle ne correspond pas à l’image lisse, propre, maîtrisée, que l’on attend d’un visage, surtout chez les jeunes.
Alors on ne demande pas :
ce que mange la personne,
comment elle digère,
comment elle dort,
comment elle vit ses émotions,
comment fonctionne son corps dans sa globalité.
On cherche une solution rapide, standardisée, efficace sur l’apparence.
Ce n’est pas propre à la dermatologie.
C’est un schéma que l’on retrouve partout.
✂️ Le bypass
Prenons l’exemple du bypass gastrique.
Pour certaines obésités extrêmement sévères, la chirurgie peut se justifier.
Mais dans bien des cas, elle est devenue une solution de facilité, présentée comme rapide, presque évidente.
On coupe un organe.
On modifie définitivement un corps.
Et ensuite, on gère les conséquences à vie : carences, supplémentations, suivi médical permanent.
Pourtant, d’autres chemins existent.
Je le sais parce que je l’ai vécu :
j’ai perdu 30 kilos en un an, sans chirurgie, simplement en changeant profondément mon alimentation et mon rapport à la nourriture.
Ce n’était pas facile.
Ça demandait du mental.
De la discipline.
Du temps.
Mais ça respectait mon corps.
Dans un cas, on transforme un corps pour qu’il rentre plus vite dans la norme.
Dans l’autre, on accompagne un corps pour qu’il retrouve un équilibre.
La différence est immense.
🦷 Les dents
La même logique est à l’œuvre avec les dents.
Blanchiments répétés qui fragilisent l’émail.
Dents saines limées pour poser des facettes.
Dents vivantes transformées en dents mortes, recouvertes de céramique.
Tout ça pour un sourire “parfait”.
On n’améliore pas la santé bucco-dentaire.
On remplace.
On sacrifie le vivant pour l’image.
Et souvent, les conséquences apparaissent plus tard :
sensibilité accrue, caries, douleurs, dépendance à des soins lourds.
⌛️ Une société pressée
Pourquoi cette logique est-elle si répandue ?
Parce que notre société est devenue intolérante à l’imperfection visible.
Parce qu’elle est pressée.
Parce qu’elle valorise le résultat immédiat.
Accompagner un corps prend du temps.
Comprendre un être humain demande de l’écoute.
Changer des habitudes implique un engagement personnel.
Modifier une apparence, en revanche, est plus rapide.
Plus rentable.
Plus spectaculaire.
Alors on corrige.
On coupe.
On remplace.
Même quand le prix à payer est la santé à long terme.
🎪 La norme
Que ce soit avec l’acné, le poids, ou les dents,
le message est toujours le même :
Ton corps ne correspond pas à la norme.
Il dérange.
On va le réparer pour toi.
Mais réparer n’est pas toujours soigner.
Et corriger l’apparence n’est pas synonyme de prendre soin.
Face à tout cela, une question mérite d’être posée, encore et encore :
Est-ce que cette solution respecte mon corps,
ou est-ce qu’elle le force à rentrer dans une norme ?
Cette question, je me la posais adolescente, face au Roaccutane.
Et je continue de me la poser aujourd’hui.
Parce qu’un corps n’est pas un problème à régler.
C’est un langage à comprendre.
IV. Conclusion
✨ Une étape hormonale
Si tu es adolescent ou adolescente et que tu as de l’acné, j’aimerais commencer par te dire quelque chose de simple, et pourtant trop rarement dit :
il n’y a rien qui cloche chez toi.
Avoir des boutons à l’adolescence n’est pas un signe de mauvaise santé.
Ce n’est pas un dysfonctionnement.
Ce n’est pas un échec de ton corps.
C’est, au contraire, le signe que tes hormones fonctionnent.
À l’adolescence, le corps change profondément.
Les hormones sexuelles augmentent,
stimulent les glandes sébacées,
modifient la peau.
C’est un processus normal, biologique, attendu.
Certains auront beaucoup de boutons.
D’autres moins ou pas du tout.
Certains en auront longtemps.
D’autres pas.
Mais ce n’est pas une maladie.
C’est une étape.
Pourtant, dans une société obsédée par l’image, on te fait croire que quelque chose cloche.
Que ton visage devrait être lisse.
Que ton corps devrait déjà ressembler à celui d’un adulte retouché.
On te fait porter une honte qui ne t’appartient pas.
❣️ Le respect
Quand j’étais adolescente, la manière dont on voulait “traiter” mon acné n’était pas respectueuse de mon corps.
Ni de mon âge.
Ni de mon futur.
Et ce n’était pas respectueux non plus du corps de toutes les adolescentes et tous les adolescents autour de moi, à qui l’on proposait des traitements lourds, accompagnés d’hormones artificielles pour les filles, sans réelle réflexion à long terme.
Ton corps n’est pas un problème à corriger.
Ce n’est pas un défaut à effacer au plus vite.
C’est un organisme vivant, intelligent, en construction.
Et il mérite mieux que des solutions violentes imposées pour répondre au regard des autres.
🏝️ L'île déserte
Un jour, alors que je n’en pouvais plus de mes boutons, mon père m’a posé une question toute simple.
Une question qui m’a profondément marquée.
Il m’a dit :
« Eugénie, si tu étais seule sur une île déserte, est-ce que ça te dérangerait d’avoir des boutons sur le visage ? »
Cette question a fait quelque chose en moi.
Parce que la réponse était évidente :
« Non. »
Si j’étais seule sur une île déserte,
avoir des boutons ne changerait rien.
Ça ne m’empêcherait pas de vivre.
Ça ne mettrait pas ma survie en danger.
Ça ne me limiterait en rien.
À ce moment-là, j’ai compris quelque chose d’essentiel :
ce qui me faisait souffrir n’était pas l’acné en elle-même,
mais le regard des autres.
👀 Le regard des autres
Si tu es sur une île déserte et que tu as un grave problème au genou, là, oui, c’est un souci.
Tu cours moins bien.
Tu te déplaces moins.
Tu es en danger.
Mais des boutons sur le visage ?
Ils ne changent rien à ta capacité de vivre.
Et pourtant, dans notre société, on est parfois prêt à :
abîmer sa santé,
prendre des traitements lourds,
modifier son corps de façon irréversible,
juste pour être mieux regardé.
C’est exactement la même logique que :
se faire couper un estomac fonctionnel pour maigrir plus vite,
limer des dents vivantes pour poser des dents “parfaites” mais mortes,
ou prendre des médicaments puissants pour effacer une imperfection temporaire.
Dans tous ces cas, on sacrifie le vivant
pour le regard des autres.
💪 Tenir bon
Si tu traverses cette période difficile qu’est l’adolescence avec de l’acné,
j’aimerais que tu gardes ceci en tête :
Tu es en parfaite santé.
Ton corps fait exactement ce qu’il est censé faire.
Tu n’as pas à te rabaisser.
Tu n’as pas à te faire violence pour correspondre à une norme.
Tenir bon ne veut pas dire souffrir en silence.
Ça veut dire ne pas te diminuer.
Ne pas te définir par ta peau.
Ne pas oublier que tu es bien plus qu’un visage.
❤️ Tu es parfait / parfaite
Si tu ne devais retenir qu’une chose de tout cet article, ce serait celle-ci :
Ne détruis jamais ta santé pour le regard des autres.
Les boutons passent.
Les normes changent.
Les regards aussi.
Mais ton corps, lui, t’accompagne toute ta vie.
Et il mérite ton respect.
Tu es parfait / parfaite.



Commentaires